Dans le cadre du Salon du livre de Paris (21-24 mars 2014), le bloc-notes de la revue Kanyar vous présente chaque jour depuis le lundi 24 février dernier un des vingt auteur(e)s publiés dans le premier et/ou le second numéro de la revue réunionnaise de création littéraire. Nous vous avons donc déjà présenté les auteurs de l'île de La Réunion et du monde entier qui l'entoure suivants  : Pilar Adón, Elina Löwensohn, Emmanuel Brughera, Conrad Botes, Marie-Jeanne Bourdon, Matthieu Périssé, Antoine Mérieau, Nicolas Deleau, David-Pierre Fila, Bertrand Mandico, Edward Roux, Cécile Antoir, Emmanuel Gédouin, Xavier Marotte, Marie Martinez et Jean-Christophe Dalléry.

Nous vous présentons aujourd'hui André Pangrani, auteur et éditeur de la revue Kanyar.

André Pangrani a été éditeur de bandes dessinées réunionnaises (Centre du Monde), co-fondateur de la revue Le Cri du Margouillat, créateur du Marg, rédacteur en chef du mensuel satirique réunionnais Le Margouillat et président du Théâtre Vollard de 1995 à 2002. Il publie Une île, immonde et Un galet dans le pare-brise dans Kanyar n°1 et Pioupiou, que nous vous présentons ci-dessous, dans Kanyar n°2.

Pioupiou par André Pangrani
est dans Kanyar n°2, page 81.

« Allongé sur le dos, Anacharsis tenta de retrouver
le goût d’un jeu d’enfance, s’imaginant,
en pensées fort réalistes, marcher au plafond
de la chambrée pour gagner le couloir. »


Ce titre malicieux, presque enfantin où l’on croit entendre une onomatopée, caractérise bien l’esprit de l’épisode drolatique de la vie d’Anacharsis, jeune homme à peine sorti de l’adolescence, qui doit faire son service militaire à la caserne Lambert de Saint-Denis. Le «pioupiou» en langage militaire désigne familièrement le jeune soldat. Seulement voilà, ce jeune Réunionnais n’a nullement envie d’aller servir sous les drapeaux, il préfère nettement Bukowski, le théâtre Vollard et les jolies « tantines au nombril déor ». Il s’est donc lancé dans une extravagante stratégie pour se faire exempter…

C’est un vrai plaisir de retrouver la gaieté de l’écriture d’André Pangrani, pleine de travailles savoureuses, sa manière affectueuse de mettre en scène ses personnages dans le quotidien de la vie réunionnaise.

Les premières lignes de Pioupiou
Quand Anacharsis eut fini sa diatribe, il vit le médecin en chef le pointer du doigt et conclure d’un sobre et ferme « Ça va très mal se passer pour vous. » Puis le médecin galonné de l’hôpital de la caserne Lambert tourna les talons et quitta la chambrée, suivi des infirmiers. Anacharsis se laissa choir sur le bord de son lit, soulagé d’avoir vidé son sac. Il posa ses mains à plat sur ses cuisses pour faire cesser les derniers tremblements qui agitaient encore un peu ses bras jusqu’aux épaules. Son premier regard se porta sur le petit flacon de cachets de Dépakine – prescrite dans le traitement de l’épilepsie –, exposé seul tel un trophée, sur sa table de chevet, et qui avait été l’objet du litige. Un flacon qu’il avait tenu toute la nuit précédente – sa première nuit à l’hôpital militaire dionysien –, dans sa main droite, fermée en poing, posée sur sa poitrine comme pour en augmenter la présence rassurante. La prescription officielle étant un cachet le matin, un le midi et un le soir, « au moment des repas, dans un grand verre d’eau », il en avait, la veille, déjà précautionneusement jeté trois dans les chiottes.
[...]

Lisez l'intégralité de Pioupiou dans Kanyar n°2 !